Je veux juste en finir

De tous les films que j’ai pu voir, celui-ci dispose clairement du meilleur titre, et je me demande dorénavant pourquoi Jurassic Park ne s’appelle pas « Je Veux Voir Le T-rex » .

Suivant la route des nombreux films qui ne passent plus par la case « Salle de Cinéma » et traçant directement sur l’autoroute de la VOD, Je Veux Juste En Finir est sorti sur Netflix le 4 Septembre 2020. Nul doute que si je n’avais pas autant vu passer ce film sur mes réseaux sociaux, je n’aurai jamais lancé la lecture de ce titre de moi même, mais l’engouement qu’il avait l’air de susciter et mon instinct grégaire ont eu raison de ma personnalité.

La totalité du film se déroule dans un univers très restreint : Une voiture, une maison, et une université vide seront les seuls décors que vous rencontrerez. A l’image de son univers, le casting n’est pas gigantesque, mais il est de qualité :

  • Jesse Plemons, que j’apprécie depuis ses apparition dans Breaking Bad, Black Mirror, ou encore Fargo.
  • Jessie Buckley, que je n’avais vu jusque là que dans la série Chernobyl.
  • Toni Colette, dont la filmographie parle d’elle même, et notamment nommée aux Oscars pour son rôle dans Le Sixième Sens.
  • David Thewlis, récompensé à Cannes pour Naked, et Remus Lupin dans la saga Harry Potter.

Ajoutez à cela le réalisateur Charlie Kaufmann, à qui l’on doit les scénarios de Eternal Sunshine Of The Spotless Mind, ou de Dans La Peau De John Malkovitch, tout deux nommés aux Oscars… du meilleur scénario. Saupoudrez le tout d’une lumière gérée par Łukasz Żal, nommé aux Oscars et glanant le prix du meilleur directeur de la photographie européen pour Ida, et vous avez là un sacré cocktail d’individus ayant déjà fait leurs preuves dans l’univers du cinéma, et de belles promesses.

Jessie Buckley & Charlie Kaufmann.

Je veux juste entrer dans l’histoire

Le film démarre et nous embarque en Blablacar (comprenez que les 30 premières minutes correspondent à un blabla en voiture). Un blabla gênant car notre héroïne part rencontrer ses beaux parents alors qu’elle est en proie aux doutes quant à l’avenir de sa relation. Le problème, c’est que la mise en situation est longue et fastidieuse, les mêmes schémas sont répétés de façon interminable : le petit ami tente tant bien que mal de relancer la conversation, pendant que sa copine se dit qu’elle s’emmerde, une fois, deux fois, dix fois. Quand les films font ça, j’ai l’impression qu’ils m’insultent. Je m’explique : La conversation débouche sur un malaise et notre héroïne se dit qu’elle a envie de mettre fin à certaines choses. Très bien, j’ai compris : elle hésite à le larguer. Ça ne m’a pas demandé plus de cinq minutes, mais le film a décidé que non, ça durerai une demie heure, parce qu’il faut comprendre c’est un film subtil (sarcasme).

« Et sinon t’aimes bien les chips au crevettes ? »

Le film n’a de cesse de se contredire volontairement, parfois on pense à du paranormal, parfois on pense que le scénariste est en train de se masturber sur des photos de lui tellement il a l’air de s’aimer de se trouver interessant. Au début, l’héroïne écrit un article, puis elle devient poète, plus tard elle sera peintre, physicienne, spécialiste en gérontologie, sans aucune véritable légitimité, nous perdant à chaque fois dans le récit. Cette finesse devient très vite lourdeur.
J’en veux pour exemple cette scène que j’ai trouvé terriblement malaisante, dans laquelle lors du trajet en voiture, elle récite un de ses poèmes (oui c’est au moment où elle est poète). Cette poésie, bien que morose, est exprimé avec beaucoup de vie et un jeu d’actrice impeccable. Le soucis, c’est que ce poème est extrêmement médiocre, dans sa construction, dans sa phonétique, rien n’est beau, harmonieux, et surtout rien ne vibre en moi comme pourrait le faire un beau texte. Ce poème est semblable à un autre délire masturbatoire, à se demander s’il n’a pas été écrit par Bernard Henri-Lévy.

Je veux juste qu’on m’explique un peu

Toujours en voiture, il y a eu une scène qui m’a donné un peu d’espoir. Le couple passe en vitesse devant une maison abandonné, devant laquelle une balançoire impeccablement neuve est installée. Cette situation contradictoire (tiens tiens) m’a donné un peu d’espoir, peut être y a-t-il une explication paranormale à ce récit incohérent. Un espoir renforcé un peu plus tard, arrivé à la maison parentale, où entre événements glauques, parfois surnaturels et secrets inquiétants, on en vient à se demander si cette maison ne cache pas un secret qui nous expliquerai un temps sois peu ce qu’il se trame. Comme quoi, on se rattache toujours à l’espoir, même dans une impasse, on imagine toujours qu’on pourra aller quelque part.

L’espoir est de courte durée, puisque le film, non content de nous bousculer dans nos certitudes, appuie de plus en plus fort, quitte à aller dans la surenchère. J’aurai été prêt à l’accepter si elle avait seulement un sens. Les personnages changent, certains meurent de vieillesse pendant que d’autres restent jeune, puis ils revivent, enfin vous m’avez compris, rien n’est logique, et rien ne nous raccroche au récit. Chaque élément inexplicable résonne en moi comme si l’auteur était en train de se caresser en me disant « Oh la la, tu as vu comme je suis intelligent? ». A mes yeux ce genre de films n’existent que pour deux types de personnes : Les auteurs eux même, qui se font un petit plaisir solitaire, et les cinéphiles pédants, qui aiment se sentir intelligent à travers l’oeuvre des autres. J’ai trouvé ce film finalement extrêmement pédant.
Je vous épargne la fin du film où chaque élément cité dans le film ressurgit de façon inattendu : Des chaussons, des gobelets de glace, la comédie musicale (ça me fatigue rien que d’énumérer). Autant vous dire que les personnages auraient évoqué une montagne de caca, qu’on aurait vu notre couple en vacances pratiquer la randonnée dans une véritable montagne de caca. Mais visiblement ça ne faisait pas suffisamment intellectuel, donc ils ne l’ont pas gardé au montage.

« Eh ben au moins ça change des tueries de masses »

Je veux juste être sincère

Vous l’aurez bien compris, j’ai détesté ce film. Mais je ne peux pas livrer un avis purement personnel car ce serai très injuste. J’ai bien entendu cerné que le film voulait me perturber, me dire qu’il n’existe aucune certitude sur rien de ce qui peut arriver dans le futur à l’image de ce qui arrive inexplicablement dans le film. Il aborde également l’incertitude face à soi même et aux autres, quand l’héroïne change d’humeur, de profession, ou de sentiments. Je lui reconnais aussi une réalisation très belle, avec l’utilisation d’un format 4:3 qui fonctionne tant à l’image que de par sa cohérence avec le récit (dans un monde régit par le 16:9, ce format vient encore bousculer nos habitudes). Le format devrait nous tirer l’oeil mais nous n’y faisons presque pas attention tant l’image est joliment construite. Le travail de Łukasz Żal est lui aussi impeccable, la photographie venant subliment une réalisation déjà très bonne. Le jeu d’acteur est lui aussi indiscutable, les comédiens pouvant se montrer sous tous leurs jours tant le récit les fait changer d’humeur, tous sont merveilleux à regarder.
Si je n’ai rien à reprocher sur la forme, le fond me laisse un goût très amer. J’ai trop difficilement compris la démarche, et c’était selon moi extrêmement inutile. Avec de telles incohérences, mais une certaine continuité, je me suis même demandé s’il ne s’agissait pas d’un rêve, une explication qui aurait été impardonnable et d’une facilité risible. Et bien figurez-vous que je trouve la véritable justification tout aussi risible : se permettre toutes les incohérences du monde parce que « Eh après tout, tout peut arriver YOLO », est une facilité au moins aussi grossière que le rêve. En partant dans cet état d’esprit, on peut dire tout et son contraire (ce qu’ils font), et le justifier par ce simple postulat, pour ensuite nous faire passer pour des abrutis parce qu’on aurait pas bien compris la portée philosophique du récit. Non. L’écriture est un art complexe, et porter un message à travers une histoire est difficile.
Je n’ai pas lu le livre à l’origine du film, peut être est-il plus cohérent, je ne sais pas. Peut-être était-il difficilement adaptable en film, je ne sais pas. Je n’ai plus de certitude du coup.
En traitant le sujet, le film m’a tout de même permis de réaliser une chose : Produire, réaliser, et diffuser ce film était-il nécessaire? C’est très incertain.

Ma Note

Note : 2 sur 5.

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